centre d'art / expositions / historique /
Le Temps du regard / Trois thèmes majeurs de la manifestation
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| Du 26 septembre 2008 au 11 janvier 2009, exposition hors les murs |
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« Le Temps du regard »
L'artothèque sort de ses murs
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Expositions monographiques
Dityvon (1937-2008, France), Gladys (1950-, France), Jean Marquis (1926-, France),
Bernard Plossu (1945-, France), Colette Portal (1936-, France), Michel Séméniako (1944-, France),
Magdi Senadji (1950-2003, France) , Marc Trivier (1960-, Belgique).
L'histoire du Centre Régional de la Photographie est marquée par le travail approfondi de plusieurs photographes, notamment :
L'œuvre de Dityvon, qui a été montrée au Centre Régional de la Photographie Nord – Pas-de-Calais, a permis de rendre hommage à ce photographe surprenant disparu en juin 2008.
« Appartenant au registre des photographes appelés par certains de " style documentaire ", il a mèné un projet personnel, obstiné et solitaire. […] Dityvon est entré en photographie au moment de la " révolution culturelle " que connaît la France à la fin des années soixante. […] Ses premiers reportages sont consacrés aux crises : les bidonvilles, Mai 1968, LIP, la marée noire… et à la vie au quotidien : les paysans, l'homme au travail, les vacances, la famille. Dityvon s'est engagé aussi dans l'aventure collective de l'agence Viva dont il était le co-fondateur. La diffusion de cette production à travers la presse surtout, et quelques expositions ont permis à toute une génération de s'interroger sur le sens de la vie et de la photographie et sur les rapports de l'image et du visible. […]
Mais avant d'être photographique, la culture de l'auteur a été cinématographique. On n'insistera jamais assez sur le rôle qu'a joué le cinéma dans son expérience visuelle : la prise en compte de la lumière, la mise en perspective du sujet dans l'espace, et surtout la mise en évidence du temps subjectif du photographe.
L'indiscutable réussite de Dityvon, réside dans la manière dont il a transcendé le réel dont il s'est emparé, dont il est passé " au-delà des apparences ", pour, dans un même mouvement, nous rendre sensible au monde mais aussi nous en proposer une approche riche et complexe. »
Pierre Devin et Jean-Luc Monterosso, in Dityvon : Le toucher du regard, 1967-1993, Paris Audiovisuel, éd. CRP, 1993.
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« Les photographies de Gladys ont pour sujet principal le temps. Le temps retrouvé, qui se construit dans la rencontre entre l'œil sensible et l'univers palpable des jours et des nuits. Ses photographies reflètent une vision subjective du réel et atteignent une dimension onirique où rêve et réalité se nourrissent l'un de l'autre sans jamais s'abolir. De cet équilibre fragile entre le réel, l'imaginaire et le sensible, les plis de la mémoire se déploient en images tendres et lumineuses. »
Janine Fouchet
Dans son projet « Vittoria 33 », une sorte de jeu de l'oie, réalisé en 1987 et exposé à Marquette-en-Ostrevant, « c'est le journal visuel, le jeu visionnaire d'un amour, que la photographe Gladys nous montre en 63 instantanés, autant d'instants d'éternité ressaisis par la mémoire du cœur, et fixés, vivants, dans le bonheur ou la déchirure, avec la distance ludique du véritable artiste qui nous entraîne dans les joies, les beautés, les embûches de la passion. Quand le grain de la peau est sevré de caresses, le grain de la pellicule s'engrange dans les silos d'ombres et de lumières du ressouvenir. Et pour elle, et pour nous spectateurs fascinés par la circularité serpentineuse du jeu sensuel et cruel des amants, l'artiste se fait voyeur inspiré de sa propre histoire. […]
Et ce jeu mythique de notre enfance, semé de cases où, avec angoisse, avec bonheur, on tombe dans le cliquetis des dés – faste, l'auberge qui protège des ombres du soir et abrite les amours ; néfastes, le pont, le puits, le labyrinthe, la prison, les chaussées brisées, les îlots éclatés qui séparent les enfants, qui désunissent les amants ; inquiétantes, les clefs qui ouvrent les cœurs mais aussi ferment les portes derrière lesquelles les silhouettes s'allongent, sans possibilités d'appels, sur les vies ensevelies – ce jeu devient, dans la chambre noire de Gladys, les photogrammes où tombent les images au déclic des désirs. Le film aux 36 vues, sous l'œil diapré de nuit, se fait jeu aux 63 cases du destin : les chiffres ainsi se renversent comme deux corps en amour, et lient la chamade du noir et du blanc à la volupté des pastels… Gênes, Vérone, Urbino, Naples, Capri – c'est fini : sous le regard bleu des lézards, doux comme un pelage de lapin, violent comme un cliché barré de sang, le voyage des amants d'Italie recommence pour nous, dans le jeu en spirale de nos nostalgies. Faire et émouvoir : tel est le pari et le bonheur de l'artiste. Gladys, ou la métamorphose des sens sous l'emprise des images. »
Jean-Noël Schifano, in Vittoria 33, Centre Régional de la Photographie Nord – Pas-de-Calais, 1987.
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Membre de l'Agence Magnum de 1953 à 1957, Jean Marquis est « un photographe représentatif des démarches intellectuelles et artistiques de la période d'expansion en France. En même temps il sut affirmer une esthétique personnelle qui se manifesta par l'inventivité et la fluidité du style.
La modernité du rapport de Jean Marquis à la lumière s'est trouvée confirmée par différents aspects de son œuvre. Aubervilliers, Liverpool, la mine, la route du camionneur ont permis de vérifier son parti pris de travailler aux limites de la perception. Très vite, la connaissance de ses archives m'a convaincu de son extrême culture visuelle, en particulier dans le champ de la peinture classique. Le traitement du portrait, de scènes de la vie, du peuple au travail, en fête, en manifestation, témoignait des préoccupations de l'époque mais aussi d'un retour très personnel sur l'articulation entre éthique et esthétique. Jean Marquis a su développer une nouvelle dramaturgie de la solidarité humaine. Grâce à son travail de photographe pour la presse, il propose une lecture du monde à une époque cruciale : la grande rupture des années soixante. Parallèlement à ses réponses professionnelles nourries par une certaine grammaire, il a su garder une liberté d'action, de jugement et de forme qui en font un " photographe-auteur " occupant une position très originale. Cette maîtrise de la distance aux choses et son écriture plurielle sont incontestablement les traits d'un artiste affirmé et généreux. »
Pierre Devin
Les communes d'Haveluy et de La Sentinelle lui ont rendu alors hommage par l'exposition de ses photographies dans le cadre de cette manifestation.
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Colette Portal offre une vision singulière du cinéma : elle photographie l'écran télévisuel des images de films en version originale sous-titrée.
La ville d'Escaudain a souhaité présenter certaines photographies issues de la série intitulée « Version originale ».
« Colette Portal saisit, en une synthèse remarquable, l'image signifiante d'une séquence et la phrase symbole qui, précisément, signifie l'image. Sans le sous-titre, la photo n'est qu'un document de cinéma. Avec lui, non seulement elle restitue à ce dernier la parole, le langage, indissociables de la narration, mais, de plus, elle engendre, au-delà de l'histoire contée par le film, un autre récit, une œuvre autonome qui, à la limite, oublie le film et parle à tout public, cinéphile ou amateur d'imaginaire. Elle fixe un instant d'éternité qui éveille en chacun des échos et réminiscences existentiels, qui peuvent être d'ordre affectif, sensuel, poétique, politique, éthique, suivant le texte-image choisi. »
Anne Dagbert, in Art Press, janvier 1987.
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Bernard Plossu – présenté à Bouchain, Flines-Lez-Mortagne, Hordain et Lieu-Saint-Amand – a beaucoup travaillé sur les thèmes du voyage et du déplacement. Il dit lui-même : « Des photos de ce que la vie apporte comme moments non prévus, des photos qui vous prennent, pourrait-on dire. Le Nord aussi beau et sauvage que le grand Ouest américain !
Je me suis mis à l'aimer, petit à petit, ce Nord qui rentrait en moi au fur et à mesure que Pierre Devin m'y faisait découvrir toute sa vie, aux détours des chemins de campagne… »
Bernard Plossu, in Au Nord, Centre Régional de la Photographie Nord – Pas-de-Calais, 2006.
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Michel Séméniako offre une vision singulière des anciens sites miniers, aujourd'hui désaffectés et abandonnés. Travaillant sur la relation entre identité et altérité, il privilégie les lieux de mémoire qu'il éclaire à la lampe torche en pratiquant des temps d'expositions très longs. Ainsi, un univers onirique apparaît sous nos yeux, où le réel et l'imaginaire s'entremêlent. Du fait de la technique utilisée pour immortaliser des lieux remplis d'éternité, cet artiste occupe une place particulière dans la photographie contemporaine. Ce monde étrange et attractif a été exposé à Lourches.
« L'évolution de Michel Séméniako dans son projet photographique, la maturité de sa poétique ont été décisives dans la genèse de ce projet de création du Centre Régional de la Photographie. Il s'agissait d'une intervention d'artiste dans le cadre du programme Développement Social des Quartiers sur le site de Douchy-les-Mines, voie déjà inaugurée en 1986 par le CRP, avec Humeurs de la Ville de Dityvon. Ce type de démarche nécessite une réflexion très fine sur la perte d'identité et sur l'exclusion.
À partir des préoccupations du CRP, Michel Séméniako, par sa pratique de l'écoute de la population directement concernée, a mis au point une méthodologie d'approche du paysage et de son expérience nocturne, qui a coïncidé à un aiguisement de la procédure esthétique mis en œuvre. »
Pierre Devin
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Le Centre Régional de la Photographie Nord – Pas-de-Calais a exposé deux séries majeures de Marc Trivier dans la commune d'Hasnon : la première concernait des portraits d'arbres alors que la seconde présentait des vues d'abattoirs.
Les photographies de Marc Trivier expriment la finitude des êtres et des choses, écartant d'emblée une quelconque analyse psychologique, rendant le néant comme unique matière, au point où la lumière de sa photographie ne révèle plus les éléments, mais les dissout.
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