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Trois thèmes majeurs de la manifestation
1. Les paysages en mutation
École biblique et archéologique française de Jérusalem (circa 1910), Mario Giacomelli (1925-2000, Italie), Yves Guillot (1951-, France), Jean-Pierre Gilson (1948-, France), Jill Hartley (1950-, États-Unis), Ralph Hinterkeuser (1959-, Allemagne), Mimmo Jodice (1934-, Italie), Michel Kempf (1946-, France), Josef Koudelka (1938-, République Tchèque), Philippe Lesage (1956-, France), Daniel Maigné (1957-, France), Olivier Mann, (1953-France), Jean Marquis (1926-, France), Daniel Michiels (1952-, Belgique), Jean-Luc Mylayne (1946-, France), Thomas Nicq (1970-, France), Jean-Pierre Parmentier (1946-, France), Martin Parr (1952-, Grande-Bretagne), Michel Vanden Eeckhoudt (1947-, Belgique), Jacques Vilet (1940-, Belgique), Wolfgang Zurborn (1956-, Allemagne).
Le Centre Régional de la Photographie Nord – Pas-de-Calais dispose d'un ensemble conséquent de photographies de paysages : paysages ruraux ou urbains, français ou étrangers. Il a notamment mis en place un projet d'envergure de 1987 à 2005 : la Mission Photographique Transmanche. Un parallèle à d'autres missions photographiques qui ont pu avoir lieu en France et en Europe, celles-ci consistent en 27 commandes passées à des photographes internationaux. Des bouleversements intervenus par le développement du marché européen et de multiples réseaux de télécommunications, symbolisés par la construction du tunnel sous la Manche, sont à l'étude lors de cette mission. Il s'agissait de poser les bases d'une réflexion sur les modifications du territoire et les changements opérés corrélativement dans la vie des citoyens. Ce travail a été réalisé par des photographes de divers horizons, souvent avec des collaborations internationales afin de représenter la création photographique contemporaine.
De ces champs d'investigations, le pays de l'Escaut, de part son rôle déterminant dans l'évolution économique et politique de la France, de la Belgique et des Pays-Bas, a été à plusieurs reprises l'objet de commandes à des photographes d'horizons différents. Ainsi Jacques Vilet nous offre une poétique visuelle articulée sur la ligne d'horizon : ses paysages miniatures sont ceux d'un monde disparu où sans cesse les lointains reculent pour n'être plus qu'un pli entre ciel et terre. Michel Kempf et Thomas Nicq définissant, quant à eux, les rives comme le lieu marqué d'assauts industriels incessants, donnant une forme photographique où le document côtoie la métaphore dans la perspective de multiples lectures.
C'est également la variété des campagnes françaises et le souvenir des temps d'autrefois qui ont été exposés au public : Mario Giacomelli, Jean Marquis, Jean-Pierre Parmentier, Thierry Girard, Michel Vanden Eeckhoudt, ou encore Daniel Maigné qui nous propose des photographies poétiques, prises chez lui dans le Gers, renvoyant à son intimité, alors que Jean-Pierre Parmentier présente les images réalisées au cours de ses promenades dans la forêt de Saint-Amand Raismes.
Enfin, le CRP dispose d'une série de tirages modernes de plaques photographiques issues de la collection de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem. De 1907 à 1910, deux hommes d'église entreprennent un reportage ethnologique et historique de la Terre Sainte en tant que paysage naturel, urbain et archéologique, sans volonté d'évangélisation, mais avec le simple désir de restituer la réalité du territoire.
Ce choix thématique a été effectué par les communes suivantes :
Bouchain, Bruille-Saint-Amand, Château l'Abbaye, Denain, Escautpont, Hasnon, Hérin, Mastaing, Mortagne-du-Nord, Thiant, Wallers-Arenberg.
2. La photographie documentaire
Pierre Devin (1946-, France), Bruce Gilden (1946-, États-Unis), Thierry Girard (1951-, France), Nemaï Ghosh, (circa 1920-, Inde), Stanley Greene (1949-, États-Unis), Michel Kempf (1946-, France), François Kollar (1904-1979, Hongrie), Roland Lacoste (1928-, France), Jean Marquis (1926-, France), Joseph Quentin (1857-1946, France), John Tordaï (Grande-Bretagne).
Le Centre Régional de la Photographie Nord – Pas-de-Calais a travaillé avec beaucoup de photographes dont la nature de la recherche était d'ordre documentaire.
En lien avec sa localisation sur l'ancien bassin minier du Nord de la France, le Centre Régional de la Photographie possède un très grand nombre de photographies sur ce thème. Plus d'une centaine d'entre elles ont été exposées dans quatre communes : Avesnes-le-Sec, Raismes, Trith-Saint-Léger, Wasnes-au-Bac. À côté d'une vision classique du monde minier et ouvrier tel que Joseph Quentin, premier photographe à avoir pris des clichés de mineurs au travail, « au fond » et « au jour », de 1898 à 1914, ou encore Roland Lacoste, photographe officiel de l'entreprise Usinor Trith relatant les évènements du quotidien, d'autres photographes, et notamment Thierry Girard, offrent une vision originale des anciens sites miniers, aujourd'hui désaffectés et abandonnés en les photographiant sous des angles de vue inattendus.
La photographie documentaire émerge réellement au début du XXe siècle : les photographies sont alors publiées dans des magazines pour une diffusion relativement importante. Mais c'est après la Première Guerre Mondiale que naît une nouvelle catégorie professionnelle : les photographes de presse et le photojournalisme. Les images appartiennent désormais aux médias et aux agences et sont au service aussi bien de l'information que de la propagande. Les années 1960 marquent le plein essor du photoreportage : les photographes parcourent les champs de batailles, du Viêtnam au Biafra en passant par le Pakistan et l'Irlande du Nord. C'est dans cette tradition que s'incrivent John Tordaï et Stanley Greene.
La commune de Saint-Amand-les-Eaux a voulu présenter au public une exposition sur le photoreportage en relation avec une action culturelle de la médiathèque municipale. Couvrant de nombreux conflits, l'objectif des photographes est de montrer le quotidien des populations, victimes des combats meurtriers, situés aux portes du monde occidental.
Stanley Greene a réalisé un impressionnant travail de reporter de guerre, témoignant des affrontements comme au Soudan, au Caucase, en Bosnie, ou encore en Tchétchénie (1994-2003).
Depuis une dizaine d'années, Stanley Greene s'intéresse également à la photographie d'investigation, effectuant en 2001 un portrait de la Russie.
A l'instar de Stanley Greene, John Tordaï a couvert de nombreuses guerres durant ces dernières décennies. Ses deux principaux photoreportages concernent l'Arménie au moment de son indépendance dans les années 1990 et la Palestine dans sa relation avec Israël : pendant vingt ans, de 1971 à 1991, John Tordaï photographie le quotidien des Palestiniens.
Au début des années 30, François Kollar (1904-1979) acquiert sa renommée grâce à l'illustration des ouvrages La France Travaille, publiés par les éditions Horizons de France, dont il fut le photographe exclusif (1931-1934). L'enquête, d'ampleur nationale, apporte un témoignage inestimable sur les métiers pratiqués en France à cette époque et François Kollar est perçu comme apportant une vision photographique résolument nouvelle, à la fois moderne et humaniste. Véritable tableau sociologique de la France moderne, François Kollar rend hommage à l'exercice de haute précision que constitue chaque métier, dans une France en pleine mutation. Exode du monde rural, crise de l'industrie, hausse du chômage, émergence des jeunesses hitlériennes rythment le quotidien de l'époque. Malgré cela, François Kollar parvient à visiter près de deux cents entreprises, dont certaines ont licencié du personnel, dans près de cinquante départements et réalise quelques dix mille photographies. Son enquête met l'accent, non pas sur la pénibilité du travail, mais sur la justesse et la beauté des gestes, valorisant le travail des « artisans de la prospérité » de la France de l'entre-deux-guerres. Voulant se souvenir de ces métiers passés, les communes d'Haulchin et de Noyelles-sur-Selle ont présenté quelques photographies issues de cet inventaire.
Nemaï Ghosh, photographe et initialement acteur, va suivre pendant près de vingt-cinq ans la vie professionnelle du réalisateur bengali Satyajit Ray, devenant alors son ombre, sa mémoire, son « photo-biographe ». À travers ses photographies, c'est l'univers du cinéma indien entre 1967 et 1972 qu'il est permis de découvrir ou de redécouvrir. La commune d'Abscon a souhaité faire connaître une partie du cinéma indien grâce à un de ses plus grands représentants, Satyajit Ray.
3. Portraits en mouvement
Christiane Barrier (1948-, France), Édouard Boubat (1923-1999, France), Marilyn Bridges (1948-, États-Unis), Gabriel Diaz (1965-, Argentine), Dityvon (1937-2008, France), Robert Doisneau (1912-1994, France), École biblique et archéologique française de Jérusalem, Jean-Pierre Évrard (1936-, France), Fabiana Figueiredo (1964-, Brésil), Gladys (1950-, France), Anthony Haughey (1963-, Irlande du Nord), Bogdan Konopka (1953-, Pologne), Daniel Maigné (1957-, France), Olivier Mann, Jean Marquis (1926-, France), Daniel Michiels (1952-, Belgique), Jean-Luc Mylayne (1946-, France), Marie-Paule Nègre (1950-, France), Martin Parr (1952-, Grande-Bretagne), Willy Ronis (1910-2009, France), Zofia Rydet (1911-1997, Pologne), Michel Vanden Eeckhoudt (1947-, Belgique), Sabine Weiss (1924-, Suisse), Kasimir Zgorecki (1904-1980, Pologne).
La thématique des populations est un autre grand corpus de la riche collection du Centre Régional de la Photographie Nord – Pas-de-Calais. Elle se décline sous trois groupes, à savoir les femmes et la photographie – exposées dans la commune de Wallers-Arenberg – l'immigration polonaise, présentée à Bellaing, Oisy et Wavrechain-sous-Denain – et enfin, l'enfance – à Maulde et Nivelle.
Deux principaux auteurs ont été choisis pour illustrer le thème de la femme et la photographie : Jean-Pierre Évrard et Fabiana Figueiredo. Une sélection de photographies de Fabiana Figueiredo montre les différents aspects de femmes immigrées ou en exode – mères, grand-mères, filles, sœurs – en France, photographiant leur quotidien et les évènements importants de leur vie : danses, mariage, traditions. Jean-Pierre Évrard, quant à lui, présente des portraits de femmes voilées ou dévoilées, au Maroc, rappelant à chacun ses origines et la fierté de les conserver, de les partager, de les transmettre.
L'importante vague d'immigration des Polonais dans le Nord de la France à partir de 1909 est particulièrement bien représentée par l'œuvre de Kasimir Zgorecki. Lui-même immigré, il devient une sorte de « photographe officiel » de ses compatriotes venus en France en tant que main-d'œuvre dans les usines ou les mines, ou comme commerçants dans les cités et les corons. Il représente les adultes mais également les jeunes générations, et notamment les enfants dans des postures officielles.
La jeunesse aussi est représentée de façon diverse dans la collection du Centre Régional de la Photographie. L'enfance, d'hier et d'aujourd'hui, est évoquée par une série de photographies hétéroclites. Sous la forme d'un panorama des conditions de vie des enfants dans le monde, elles révèlent parfois l'insouciance et les facéties de certains, la responsabilité et le travail des autres. Face aux photographies humanistes de Robert Doisneau, Anthony Haughey présente un travail contemporain sur l'enfance. Il offre une vision corrosive de la classe ouvrière en Irlande, son pays d'origine, à travers la représentation des enfants, évoquant les valeurs de la religion catholique et de la nation irlandaise.
Magdi Senadji est un photographe plein de subtilité et de surprise. Dans ses photographies d'espace urbain, « le construit n'est présent qu'à l'état de fragments - l'angle d'un bâtiment, la base d'une colonne, la statue assombrie… Quant aux habitants, leur sort paraît aussi incertain car ils ne sont, le plus souvent, qu'entrevus au travers de personnages pris de dos, ou se cachant, ou ne dévoilant qu'une partie de leur anatomie. Parfois même, le genre humain se trouve éloigné car exposé dans un tableau ou reflété dans un miroir. La vie n'est présente que sous forme de trace, empreinte, souvenir, objet inutilisé, lieu public déserté. »
Il existe dans le travail de Magdi Senadji « une invitation à dépasser toute lecture initiale de nature linéaire et picturale pour tenter de traverser la surface des choses. Certains traits de la composition ouvrent précisément une voie en ce sens. Ainsi le mouvement renvoie à un jeu très constant entre le flou et le net. Ce jeu permet une certaine mise à distance entre les plans, où le flou aboutit à une déréalisation des êtres et des choses, ce qui n'est pas sans produire un sentiment de fragilité de l'ensemble.
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